A l'origine, le catalogue était un meuble, composé de tiroirs et de fiches, trônant dans la salle de référence. Pour le consulter, il fallait s'y rendre. Les données étaient prisonnières d'un objet.
Alors, on a fait des catalogues imprimés : diffusés en plusieurs exemplaires, on pouvait les consulter à distance. Mais c'étaient toujours des catalogues en papier, uniquement compréhensibles pour les yeux avisés de lecteurs humains. Les données étaient prisonnières d'un support.
Alors, on a fait des SIGB : informatisées, les données devenaient manipulables par machine ce qui facilitait grandement leur accès, leur gestion, leur production. Mais le SIGB était une boîte noire, rigide, parfois incompréhensible : les données étaient prisonnières d'un logiciel.
Les SIGB libres ont été un espoir qu'on pourrait ouvrir la boîte, mais ça n'a pas pris. Sans doute parce que ça n'en valait pas l'investissement : même si on pouvait, grâce au code source ouvert, tourner une vis ici, ajuster un boulon là, les données étaient toujours prisonnières de la base de données.
Alors, on a créé les formats standards et les protocoles d'échange. Grâce à eux, on peut sortir les données du SIGB pour les échanger ou les réutiliser. Mais malgré l'étonnante capacité de notre communauté à se normaliser et se contraindre elle-même, il y avait toujours une étiquette de champ inapropriée, un $a appliqué de manière différente, un indicateur vide avec un sens particulier, une donnée locale non standard. Les protocoles sont toujours une barrière, un passage obligé pour faire sortir - aux forceps - les données.
Ajuster les mappings entre les formats et paramétrer les protocoles est une opération horriblement complexe, et coûteuse. Ou alors, elle "lave plus blanc" en nivelant les données par le bas, les privant de leur richesse.
Les données sont prisonnières de leur propre structure.
Arrive le Web sémantique. En atomisant la structure des données, il les rend toutes égales, et libres.
Au-delà des formats et des protocoles, le Web sémantique a le pouvoir de vraiment libérer les données. Libres, nos données seront plus riches, plus pérennes, plus interopérables. Osons redonner le pouvoir aux données.

